Rue de la Roquette, à Bastille, j’ai tourné la clé sous une pluie froide et ma moto a toussé avant de partir. Ce matin-là, j’avais déjà encaissé 43 démarrages la veille, et ma batterie Yuasa m’a paru plus lourde que ma patience. J’ai alors décidé de mettre une Skyrich lithium face à une Yuasa plomb-acide, dans mon vrai rythme de livraison.
Je roulais déjà depuis un moment dans Paris, avec les feux, les livraisons minute et les files qui coupent l’élan. Mon usage n’avait rien de tendre, et j’ai voulu voir ce que deux batteries donnaient quand je les sollicitais dans la rue, pas sur un banc d’essai.
Comment j’ai mis en place ce test dans mon quotidien de livreur à Paris
Pendant 6 mois, j’ai utilisé mes deux batteries dans la même moto, sur 5 jours sur 7. J’ai gardé mon rythme habituel, avec des tournées qui m’imposaient des arrêts courts, des redémarrages à répétition et des départs par moments nerveux. Chaque journée me laissait entre 40 et 47 démarrages, selon la taille de ma tournée et l’état du trafic.
J’ai alterné pluie, air sec, matinées froides et fins d’après-midi plus lourdes. Dans Paris, j’ai aussi subi les reprises au pas, les demi-tours serrés et les redémarrages après une longue attente au feu. J’ai noté mes mesures au même moment de la journée, juste après la coupure du contact, pour garder des repères comparables.
La Skyrich était une batterie lithium LiFePO4 de 1,2 kg, donnée pour 4 Ah. La Yuasa pesait 4,1 kg, avec une capacité de 12 Ah, et j’ai senti cette différence dès la prise en main. Pour mes relevés, j’ai utilisé un multimètre, un petit voltmètre de guidon et un chargeur intelligent, branché dans mon local le soir.
Je voulais vérifier trois choses avec mes mains et mes chiffres. J’ai regardé la tenue de tension au démarrage, le nombre de charges utiles avant baisse nette, et l’usure après usage intensif sans aide extérieure. J’ai aussi voulu voir si la lithium supportait mieux les journées hachées, là où la plomb fatigue vite à force de coups de démarreur.
Je n’ai pas cherché à la ménager, et j’ai gardé mes habitudes de livreur sans changement de parcours. Mon test n’avait rien d’un laboratoire, mais il m’a donné ce que je voulais voir, c’est-à-dire la réaction réelle de mes batteries dans le trafic parisien.
Le jour où j’ai vu la première vraie différence entre les deux batteries
Dès la première semaine, j’ai vu la Yuasa ralentir au démarrage. Mon multimètre m’a montré 12,6 V à vide le matin, puis 9,4 V au lancement du démarreur sur deux départs successifs. La Skyrich, elle, restait à 13,1 V au repos et tombait à 11,7 V au même moment, ce que j’ai noté sur mon carnet sans chercher à enjoliver.
Un mardi gris, près de la rue Oberkampf, j’ai vécu le premier vrai stress du test. La Yuasa a lancé le moteur avec un bruit mou, puis elle a manqué d’allant à la deuxième tentative, avec un courant que j’ai vu grimper à 84 A au lieu de mes repères habituels. La Skyrich a repris le même départ sans broncher, et j’ai gardé 12,9 V avant action puis 11,5 V pendant le coup de clé.
Ce matin-là, dans la pluie fine de Paris, la Yuasa s’est contentée de grogner avant de céder, tandis que la Skyrich a tourné net, presque sèchement. J’ai senti tout de suite la différence dans mon travail, parce qu’un démarrage lent m’a fait perdre 2 minutes et m’a forcé à regarder l’heure au lieu de mon itinéraire. Pas terrible. Vraiment pas terrible.
J’ai aussi commis une erreur au début, et je l’ai vue sur mes relevés. J’avais monté la Skyrich sans vérifier sa charge initiale, donc mes premières mesures étaient faussées par une batterie sortie d’emballage à moitié pleine. J’ai rectifié en la rechargeant à fond pendant 1 h 20, puis j’ai repris mes mesures à zéro, avec un protocole propre.
Après ce réajustement, j’ai noté une différence plus nette entre mes deux batteries. J’ai retrouvé une vraie stabilité côté lithium, alors que la Yuasa gardait un comportement plus irrégulier quand je l’enchaînais sur trois redémarrages rapprochés. J’ai compris, un peu tard je l’avoue, que ma première impression venait surtout de ma mesure bancale.
Sur le plan nerveux, j’ai arrêté de faire confiance aveuglément au plomb dès les matinées humides. Avec la Skyrich, j’ai retrouvé une marge de sécurité qui m’a évité de checker le tableau de bord à chaque feu, et ça m’a changé le rythme de la journée.
Au fil des semaines, ce que j’ai mesuré et ce que ça m’a appris
J’ai pris des relevés tous les 4 jours, toujours après une charge complète. En pratique, je regardais la tension à vide, la tension sous charge et la recharge demandée au chargeur intelligent. La Skyrich restait le plus plusieurs fois à 13,0 V ou 13,1 V le matin, avec une chute contenue au démarrage, alors que la Yuasa descendait plus franchement vers 12,4 V puis 9,5 V sous sollicitation.
J’ai aussi suivi les cycles de charge. La Skyrich me réclamait une remise à niveau toutes les 8 à 10 journées, selon la pluie et les arrêts répétés. La Yuasa, elle, passait plus vite par la case charge, par moments après 5 journées bien remplies, et j’ai vu sa tension se tasser plus vite quand je faisais trois départs dans la même demi-heure.
Le froid m’a montré le plus gros écart. Un matin à 6 degrés, j’ai mesuré 11,9 V à vide sur la Yuasa, puis 8,8 V pendant l’action du démarreur. La Skyrich gardait 13,2 V au repos et 11,3 V au lancement, ce qui m’a laissé un démarrage plus franc, même avec l’humidité qui collait au casque et aux gants.
L’humidité m’a aussi appris un détail que j’avais sous-estimé. Avec la plomb, le moteur semblait fatiguer plus vite quand j’enchaînais les arrêts à bas régime dans le centre de Paris. Avec la lithium, j’ai senti une réponse plus vive, mais j’ai compris qu’une mauvaise charge pouvait fausser ma lecture, ce qui m’a poussé à reprendre mes contrôles au même chargeur.
J’ai eu un autre moment de doute au bout de 3 mois. Un soir, la Skyrich m’a affiché une chute brève à 12,2 V après une série de redémarrages, et j’ai cru à un défaut. J’ai vérifié mon chargeur, puis mon réglage de maintien, et j’ai vu que j’étais resté trop bas sur le paramètre de fin de charge.
Une fois ce réglage corrigé, j’ai retrouvé mes valeurs normales dès la journée suivante. J’ai noté 13,1 V au repos et un démarrage stable sur six coupures de contact dans l’après-midi. Ce détail m’a rappelé qu’une batterie peut paraître fatiguée alors que mon réglage, lui, est en cause.
Physiquement, j’ai senti la différence à chaque dépose de selle. La Skyrich m’a fait gagner un vrai soulagement, parce que ses 1,2 kg se manipulent d’une main sans forcer. La Yuasa, avec ses 4,1 kg, m’a paru plus encombrante, et j’ai aussi trouvé son maintien un peu plus pénible à remettre en place dans son logement.
Après 6 mois, ce que je retiens vraiment de cette expérience
Au bout de 6 mois, j’ai noté 1 218 démarrages sur ma moto de livraison. La Skyrich a perdu une petite partie de capacité mesurée, quand la Yuasa a affiché un tiers environ de baisse sur mes contrôles au multimètre. J’ai aussi compté moins de remises en charge côté lithium, avec 21 charges complètes, contre 31 sur la batterie plomb.
J’ai ressenti le résultat dans mon travail, et pas seulement sur mes feuilles de mesure. La Skyrich m’a fait gagner du temps aux démarrages, surtout quand j’enchaînais les livraisons à froid dans le nord de Paris. La Yuasa restait exploitable, mais j’ai dû surveiller sa tension près, et j’ai passé plusieurs soirées à vérifier mon chargeur avant de rentrer chez moi.
Mon test reste limité à mon usage urbain, et je le sais. J’ai roulé dans Paris, avec ses bouchons, ses averses et ses arrêts répétés, mais je n’ai pas poussé ces batteries en grand trajet routier ni dans un vrai hiver de montagne. Je ne peux donc pas tirer une règle générale pour tous les motards, et je garde cette réserve dans ma tête.
Mon avis est assez net après Bastille, République et quelques nuits sous la bruine. J’irais vers la Skyrich pour un usage de livraison ou pour quelqu’un qui démarre sa moto à répétition et veut alléger la machine. Je resterais sur la Yuasa pour un usage plus tranquille, avec moins de sollicitations et moins d’attente sur la nervosité au premier coup de clé.
J’ai aussi regardé d’autres pistes, sans les tester sur la durée. J’ai pensé à des batteries gel et à d’autres lithium, mais je n’ai pas voulu mélanger les variables pendant ce test. Mon verdict tient donc à ce que j’ai mesuré, à ce que j’ai entendu au démarreur, et à ce que j’ai vécu sur mes tournées.
Sur le trajet du soir, vers la rue de Lyon, j’ai senti que mon choix devenait plus simple à lire. Pour quelqu’un qui accepte de vérifier sa charge, de surveiller son montage et de chercher du poids en moins, la Skyrich m’a paru plus cohérente. À l’inverse, la Yuasa m’a laissé une marge plus rassurante dans son comportement, même si j’ai dû la surveiller davantage après chaque série de trajets.


